Coronavirus, avis et réflexions - mutations, enfants, chiffres, Afrique...

Article publié le 26/02/2020

Vers un massacre sanitaire en Afrique ? Des versions moins sévères que d’autres du coronavirus ? Une mutation du virus vers une forme hyper-mortelle à prévoir ? Combien de porteurs du virus inconscients de leur statut en Europe et en France ? Quel pourcentage de formes sévères pour le covid-19 ?


Ces questions angoissantes émergent progressivement des sous-sols du net. Le coronavirus met à l’épreuve la parole scientifique et médicale, sujette à de nombreux avis contraires de la part des médecins et spécialistes. Premier fait : l’épidémiologiste de Harvard Marc Lipsitch prétend que "40% à 70% de l’humanité sera infectée" par le coronavirus. On peut juger ce pronostic alarmiste, dans le sens où il toucherait alors davantage de personnes que la peste noire du XIVe siècle au Moyen Âge. Pour autant, celle-ci décima près de la moitié de l’Europe, et le virus actuel n’a rien à voir avec une telle morbidité. Ceci étant posé, certains feront remarquer qu’une mutation du virus vers une forme beaucoup plus virulente est possible (ce qu’atteste parfois la littérature médicale).


A ce titre, le ministre de la santé Olivier Véran déclare que 80% des formes du coronavirus sont sans gravité. 15% des formes sont considérées comme sévères (fortes fièvres…), 5% des formes sont dites réanimatoires. Plus concrètement, avec le coronavirus, la mortalité et le risque de complications graves est multiplié d’un facteur de 4 à 10 par rapport à la grippe ; le virus étant moins sévère que le SRAS en termes de mortalité, mais plus contagieux que les autres virus (Olivier Véran, RTL, 25 février 2020).


Ces chiffres impliquent que tous les discours médicaux tendant à comparer le coronavirus à une grippe un peu forte sont douteux. Non qu’il faille sombrer dans la panique (en France, les journalistes semblent souvent se faire un devoir de pointer la panique là où il n’y a que crainte et vigilance naturelle). Ce que le public commence à constater en croisant le discours journalistique à la parole médicale, c’est que les spécialistes réajustent leur discours à mesure que les jours passent, avec un mélange de relativisation et d’aveu d’incertitude. Ce cocktail oratoire aggrave l’inquiétude de nombre d’auditeurs, se demandant si les appels au calme et au sang froid ne dénotent pas une préoccupation institutionnelle d’ordre public mécanique, déconnectée de la vérité profonde du coronavirus.
Des trentenaires hospitalisés dans un état grave, certains perdant la vie, cela, quoi qu’on en dise, n’a rien à voir avec la grippe. Sur le plateau d’Arte, il a été dit que des formes peu dangereuses du coronavirus pourraient circuler parallèlement à des formes plus sévères. La question serait donc : quel coronavirus circule en telle zone ?


Le vice-ministre de la santé iranien a lui-même été contaminé par le Covid-19, ce qui laisse présager que tout le monde est menacé concrètement. Bien entendu, l’alarmisme est contre-productif, cela est répété comme un mantra, mais inversement, l’apparente sérénité volontairement affichée par beaucoup de professionnels tend à dénoter l’inverse : une incertitude que l’on cherche à dissoudre. La dialectique de la vigilance tranquille est parfois mal jouée, il faut le dire, lorsque le spécialiste émet dans son discours des affirmations contradictoires. En clair : c’est inquiétant, mais restons détendus.


« L’épidémie c’est quand vous dites : le virus circule, on n’arrivera pas à l’enrayer. (…) Là nous sommes au stade avant l’épidémie » (Olivier Véran, RTL 25 février 2020)


Phrase lourde de sens, par ailleurs accompagnée de multiples précautions oratoires compréhensibles et rassurantes. Motifs d’inquiétude : des personnes sans symptômes sont contaminantes, on le sait désormais. Le coronavirus, très contagieux, utilise la mondialisation comme une rampe de propulsion idéale. L’Afrique est-elle déjà touchée en divers pays subsahariens sans que les cas aient été identifiés ? Le fait est que les enfants semblent plutôt épargnés par la maladie, et que l’Afrique est un continent jeune, très jeune. Mais quid des personnes âgées sur place? Si le coronavirus circulera d’ici peu partout sur la planète, les chances de mutations s’accroissent-elles sensiblement ? Un « génocide de vieux » dans le monde est-il envisageable (les personnes de plus de 60 ans étant les plus susceptibles de mourir du coronavirus)? 

 

Internet, les blagues et les fake news sur le coronavirus


 

Observons le net et ce qui ressort de ce débat sanitaire. Premier constat, des amas de commentaires humoristiques et paranoïaques pullulent : ainsi cet internaute qui assure qu’il faut se réfugier au Groenland pour être sauvé, cet autre qui se dénonce en prétendant être la personne qui a acheté 20 boîtes de masques à Lyon, celui qui remarque que les stocks de masques en pharmacie sont totalement épuisés… mais que personne ne les met, celui qui se demande ce qui va se passer en termes de mutation si un malade d’Ebola contracte le coronavirus ; cet identitaire qui avertit que c’est la fin du monde pour les Européens et que derrière l’épidémie l’Afrique gagnera, celui qui parle d’ « accomplissement des prophéties », celui qui s’étonne que le Coronavirus n’arrive que fin 2019 alors que les chinois « bouffent n’importe quoi » depuis des lustres, celle qui soupçonne une invitée sur un plateau télé d’être contaminée, celui qui annonce que le temps est venu de la vengeance de la nature contre les hommes avec le virus…
De grands éclats de rire offerts gratuitement aux flancs de la toile, là où les commentaires s’accumulent en permanence.


Observons à présent ces commentaires politiques ironiques ou ces considérations civilisationnelles qui laissent songeur :


-« Le gouvernement aime trop l'argent pour fermer la frontière. Si vous êtes victime, dommage pour vous,  ne vous inquiétez pas le homard sera toujours acheminé bien frais, grâce à vos frais de succession » ;
-« Ne vous inquiétez pas les moutons, le virus ne parle pas français, il sera recalé à la frontière et renvoyé en charter... (et mon c*l sur la commode) » ;
-« Vous voulez la mondialisation..... alors régalez vous ! ^^ » ;
-« Moi je pense que ce qui a pu créé le coronavirus peut aussi le détruire si on ninverse les objet de création ou le contraire du coronavirus » ;
-« Pourquoi ils se focalisent tous sur l'Afrique ? Tu vois bien qu'ls ont L'INTENTION qu'elle soit touchée ! Normalement une grippe ne survit pas au soleil ! Si elle survit c'est que c'est trafiqué, manipulé, emmené sur place ! SI ON PARLAIT DE LA FRANCE QUI FAIT L'AUTRUCHE ET QUI LAISSE LE VIRUS SE PROPAGER » ;
-« Aujourd'hui enfin vous allez prier, vous rappeler qu'il y a une suprématie qui commande  la nature et le Monde : Allah ! Vous allez cesser de le critiquer et de dire  qu'il  n'existe oas » ; « Pour l'Afrique il y a Dieu qui a mis le soleil a notre disposition pour nous protéger. »


Il convient de garder les pieds sur terre, et de constater qu’enfin l’humanité semble se découvrir réellement solidaire et interdépendante au travers du coronavirus. Au-delà de l’islam, de la guerre, des conflits idéologiques, la situation du pékin iranien ou italien importe à tous, car nous sommes une famille humaine dont la survie dépend de la santé des uns et des autres. Il y a là, paradoxalement, quelque chose de profondément émouvant que nous serions bien inspirés de creuser.


Je profite de ces observations pour remarquer la parution d’un excellent livre, sur un registre différent, mais plein de réflexions très qualitatives sur notre humanité actuelle ; on y trouve de nombreuses citations d’artistes et de philosophes, de propos théologiques, de développements passionnants sur la religion, la sexualité, la violence et la douleur. Ce superbe livre est de Gaëtan Poisson « L’homosexualité au risque de la foi – le témoignage d’un gay qui défend l’Eglise ». 

Gaëtan Poisson, L'homosexualité au risque de la foi